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Les mots qu’on ne me dit pas octobre 24, 2014

Filed under: Coup de coeur — mediathequelestroubadours @ 9:48

Ou la difficulté de trouver sa place entre deux langues, deux cultures, deux mondes.

index« “ Salut, bande d’enculés ! ”
C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison.
Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds.
Je vais leur prouver que je dis vrai.
“ Salut, bande d’enculés ! ” Et ma mère vient m’embrasser tendrement. »

Quand j’ai lu le 4è de couverture, je n’ai d’abord pas eu envie de poursuivre. Je trouvais que l’éditeur jouait la carte facile de l’humour et de la provocation pour attirer le public. Stratégie marketing. Il pourrait se défendre en arguant que cet extrait est à l’image du récit autobiographique : provocateur, subversif, drôle, tendre. Et à l’image de son auteure qui livre ici toutes ses émotions, aussi ambivalentes soient elles. Elle clame son amour aussi bien que sa colère. Et logiquement son livre apparaît comme la synthèse parfaite de ces 2 mondes qu’elle côtoie : un énorme cri libérateur poussé en silence par le biais de l’écriture cathartique. Comme quoi, parfois, un silence peut faire beaucoup de bruit s’il reçoit un écho favorable.

Résumé :

Née de parents sourds-muets, Véronique Poulain a grandi dans une famille pas tout à fait comme les autres. Elle-même parfaitement entendante, elle a dû apprendre à communiquer avec deux langages : le silence et la gestuelle pour les siens, les mots et les sons pour les autres. Entre frustration et persévérance, elle va tenter de faire communiquer deux mondes qui ne se comprennent pas toujours et essayer de lever le tabou sur un handicap par le biais d’anecdotes parfois gênantes, mais très souvent drôles et touchantes, sur sa jeunesse et son adolescence dans cette famille de sourds-muets.

Cette femme qui « oscille entre fierté, honte et colère. A longueur de temps » (p.31), nous dévoile une expérience d’autant plus riche qu’elle est peu commune. Les phrases sont courtes, débarrassées du superflu, à l’image de la langue des signes. Les mots résonnent et se déploient pour nous livrer un témoignage d’une grande sensibilité et d’une grande tendresse, qui lève le voile sur cette culture qui reste encore assez méconnue malgré les efforts déployés. Mais beaucoup plus qu’un livre sur le quotidien des sourds et muets, cet ouvrage aborde des sujets universels – la communication entre parents et enfant et, plus généralement entre deux cultures différentes, et toutes les difficultés qui en découlent – dans lesquels chacun peut se retrouver.

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Réparer les vivants de maylis de Kerangal août 19, 2014

Filed under: Coup de coeur — mediathequelestroubadours @ 12:42

ker  Il aurait dû avoir la vie devant lui… A tout juste 19 ans, Simon Limbres est un adolescent comme les autres. Il vit pour le surf, les sorties entre amis et pour Juliette, son premier amour. Mais alors qu’il revient d’une session matinale avec ses deux acolytes, Chris et Johan, un terrible accident de la route se produit. Pour Simon, le seul à ne pas avoir de ceinture de sécurité, le choc est fatal. Transporté d’urgence à l’hôpital, il est plongé dans un coma dont il ne se réveillera pas…
Ensuite, va très vite : tests en série et batterie d’examens s’enchaînent afin de constater l’état de mort cérébrale de Simon. C’est à Pierre Révol, le médecin de service, que revient la responsabilité d’annoncer à Marianne et Sean, les parents de l’adolescent, le décès de leur enfant, mais c’est Thomas Rémige qui leur parle du don d’organes. Un rôle délicat, alors que la douleur de la perte est à vif, mais nécessaire, car de la réponse des parents dépend la vie de plusieurs patients… Foie, reins, poumons et cœur peuvent être récupérés et offrir une seconde existence à ceux qui en ont besoin. Dès l’accord donné, une véritable course contre la montre s’engage dans laquelle il s’agit de déterminer quels sont les patients prioritaires et d’envoyer des équipes récupérer les précieux organes car le cœur, le plus fragile de tous, ne peut vivre plus de cinq heures en dehors de l’organisme…
Dans ce roman, l’auteure nous offre une vision des urgences bien éloignée de celle véhiculée par les séries américaines : des médecins épuisés, tendus, parfois debout depuis plus de quarante heures, qui côtoient la douleur et le malheur au quotidien et qui sont prêts à tout pour la soulager, des hommes et des femmes qui vivent sous tension en permanence et croulent sous le poids des responsabilités.
L’histoire, qui se déroule sur 24h, détaille les différentes étapes après l’admission aux urgences (l’annonce de la mort à la famille, l’acceptation du don d’organes puis le prélèvement de ces derniers) elles-mêmes entrecoupées de tranches de vie présentant les différents personnages impactés par le drame (famille, médecins, receveurs…), faisant ainsi ressortir l’individu au sein de l’équipe. Tout est chronométré et s’enchaîne à une vitesse incroyable. Le lecteur est pris dans ce tempo et cette tension jusqu’à ressentir une véritable empathie pour les différents personnages. Le style est précis, travaillé, presque chirurgical, mais néanmoins poétique et plein d’élégance.
Malgré la rapidité de l’action, Maylis de Kerangal ne laisse pas de côté l’affect et prend le temps de détailler la psychologie des personnages, leur état d’esprit, leurs appréhensions, mais aussi leur excitation. Le cœur est véritablement au centre du roman, en tant qu’organe vital bien sûr, au centre du fonctionnement de l’être humain, mais aussi dans sa représentation romantique en tant que siège de l’âme et des sentiments. Que ressent-on quand on vit avec le cœur d’un autre ?

Un roman passionnant, intense et bouleversant, magnifiquement écrit, qui soulève des questions percutantes et essentielles.

 

Les vieux fourneaux / Lupano

Filed under: Coup de coeur — mediathequelestroubadours @ 12:14

index  Ce sont trois amis d’enfance. Il y a d’abord Pierrot, le syndicaliste anarchiste qui, à la tête d’une bande d’aveugles, fout le boxon dans les réceptions huppées ou glisse des allumettes dans les serrures des agences bancaires pour empêcher leur ouverture. Il y a Mimile, qui moisit maintenant à dans une maison de retraite au nom malheureux de Meuricy, mais qui a fait trois fois le tour du monde en bateau et dont le corps est entièrement couvert de tatouages. Et puis il y a Antoine qui vient de perdre sa bien-aimée Lucette – Lucette le feu follet qui faisait tourner les têtes dans leur jeunesse, Lucette qui a quitté la grande entreprise pharmaceutique où ils s’étaient rencontrés pour créer un petit théâtre de marionnettes appelé le Loup en Slip et sillonner les routes de campagne au volant d’une camionnette rouge. Quand, le lendemain des obsèques, Antoine ouvre la lettre qu’elle lui avait laissée et apprend le secret qu’elle lui cachait depuis plusieurs décennies, il voit rouge. Attrapant son fusil, il se lance dans un road trip vengeur, direction la Toscane…

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Dans « Les vieux fourneaux », il y a de la critique sociale, des personnages hauts en couleur, des dialogues hilarants, de l’amitié qui fait chaud au coeur, des situations cocasses et de la nostalgie qui ne vire jamais à l’apitoiement.. A découvrir absolument !

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Dallas buyers club / Jean-Marc Vallée juillet 26, 2014

Filed under: Coup de coeur — mediathequelestroubadours @ 2:44

dallas   1986, Dallas, Texas, une histoire vraie. Ron Woodroof a 35 ans, des bottes, un Stetson, c’est un cow-boy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule quand, diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre. Révolté par l’impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels. Au fil du temps, il rassemble d’autres malades en quête de guérison : le Dallas Buyers Club est né. Mais son succès gêne, Ron doit s’engager dans une bataille contre les laboratoires et les autorités fédérales. C’est son combat pour une nouvelle cause… et pour sa propre vie.

 
Attention : énorme coup de coeur (pour les acteurs). Matthew McConaughey est tout simplement énorme dans ce rôle, totalement bluffant. Fini les rôles de beaux gosses, il montre enfin son vrai potentiel d’acteur : plus il est moche, plus il est génial ! Quant à Jared Leto, il est totalement parfait : son incarnation de Rayon nous rend le personnage si attachant qu’on voudrait la connaître. Je l’appréciais déjà beaucoup en mec, je l’adore en transsexuel. Bon, à côté, la petite Jennifer Alias Garner est un peu pâlote mais, à sa décharge, il est difficile de se faire une place à côté des deux autres acteurs.
Oui, je sais, le thème n’est pas engageant mais il ne faut pas passer à côté de ce film.

 

Philomena

Filed under: Coup de coeur — mediathequelestroubadours @ 2:19

Philomena   Irlande, 1952. Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Rejetée par sa famille, elle est envoyée au couvent de Roscrea. En compensation des soins prodigués par les religieuses avant et pendant la naissance, elle travaille à la blanchisserie, et n’est autorisée à voir son fils, Anthony, qu’une heure par jour. À l’âge de trois ans, il lui est arraché pour être adopté par des Américains. Pendant des années, Philomena essaiera de le retrouver.
Quand, cinquante ans plus tard, elle rencontre Martin Sixmith, journaliste désabusé, elle lui raconte son histoire, et ce dernier la persuade de l’accompagner aux Etats-Unis à la recherche d’Anthony.

 
Ce film possède, au premier abord, tous les symptômes du gavage de bons sentiments. Mais finalement non : Stephen Frears sait aller à l’essentiel de la psychologie de ses personnages. Judi Dench, en brave femme simple mais volontaire, et Coogan, en journaleux snob mais consciencieux, sont formidables. C’est également l’occasion d’interroger à nouveau, après les Magdalene Sisters, le rôle et les déviances de l’Eglise dans les couvents de la Madeleine au XXè siècle. Une histoire qui interpelle, à découvrir en livre ou en dvd à la médiathèque.

 

Prisoners de Denis Villeneuve juillet 19, 2014

Filed under: Coup de coeur — mediathequelestroubadours @ 2:38

Au cours de cette même séance « coup de projecteur », ma collègue de Rochechouart a présenté ce film :

21028038_20130813155654441.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx  Très honnêtement, Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal au casting ne suffisent pas à susciter mon envie de regarder un film (oui, j’avoue, je suis difficile parfois). En revanche, le nom de Denis Villeneuve, réalisateur du brillantissime Incendies qui m’avait totalement bouleversée et que je ne saurais que trop vous recommander, a tout de suite retenu mon attention aussi ai-je écouté Isabelle très attentivement et embarqué le DVD dans la foulée.

 

Bande annonce

 Anna et Joy, deux fillettes de 6 ans, ont disparu sans laisser de traces. Pour l’inspecteur Loki, la thèse du kidnapping est plus que certaine suite aux témoignages des proches des deux enfants. Un suspect conduisant un camping-car est rapidement arrêté mais, faute de preuves, il est relâché quelques jours plus tard, entraînant la colère de Keller Dove, le père d’Anna. Persuadé que le policier en charge de l’affaire a bâclé l’enquête, ce père de famille aveuglé par sa douleur se met en tête de faire sa propre justice en enlevant l’homme qu’il croit être derrière la disparition de sa fille.

Deux conceptions s’affrontent dans ce film : la loi, incarnée par le flic en charge de l’affaire, et l’émotion – la douleur viscérale- incarnée par le père, citoyen américain exemplaire prêt à tout pour protéger sa famille, se transforme peu à peu en bourreau.

Suspense et rebondissements, la caméra filme des personnages perdus et impuissants, qui doivent agir dans l’urgence quitte à perdre tout principe d’humanité. L’ambiance est terrible, la lumière blafarde, le froid, la pluie et la nuit contribuent à cette atmosphère glauque et lourde.

Sombre, terrifiant et poignant, ce film me hantera longtemps. Je ne vous cacherai pas qu’à la fin j’ai été vérifier que mes enfants dormaient paisiblement dans leur chambre et que j’ai très mal dormi derrière. N’empêche que ça reste un film à voir absolument et que je ne manquerai pas de voir Enemy, le prochain film du cinéaste canadien.

 

Alabama Monroe de Felix Van Groeningen

Filed under: Coup de coeur,Divers — mediathequelestroubadours @ 2:15

Tous les ans, la BDP propose une rencontre « coup de projecteur » aux bibliothèques du réseau. Le but ? Chaque participant(e) doit présenter son film coup de coeur en quelques minutes. Toujours une bonne occasion de découvrir des films différents de ceux qu’on a l’habitude de regarder ou de découvrir des films qu’on a ratés par le passé. Cette année, j’ai choisi de présenter ce film :

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 Alabama Monroe, qui était d’ailleurs en lice pour l’oscar du meilleur film étranger 2014, est réalisé par le jeune belge Felix Van Groeningen. Ce dernier a su y mêler avec talent, drame familial et film musical…

 Bande annonce

Didier et Elise font partie de ces couples fusionnels un peu à la marge de la société. Lui, passionné par l’Amérique et sa musique, joue naturellement dans un orchestre de bluegrass. Quant à Elise, elle avait un salon de tatouage avant de rencontrer Didier et de finir par chanter avec lui dans son groupe. De leur union naîtra une petite fille, Maybelle. Malheureusement, la tragédie frappe le couple car l’enfant est gravement malade…

Ouf, quel film radical et violent émotionnellement ! Il faut dire que l’interprétation des acteurs principaux y est pour beaucoup, portés par un scénario d’une rare finesse qui aborde avec tact, humour et sensibilité ce sujet terrible qu’est la maladie d’un enfant. Photographié avec une lumière sublime façon « peintre flamand », le film procède par flash-back pour mieux nous faire pénétrer dans le drame familial. Tout est filmé de façon tellement posée et retenue et pourtant… Préparez-vous à sortir les mouchoirs ! Et à prendre, également une belle claque musicale! Car « Alabama Monroe », c’est aussi et surtout un film rock’n’roll dans lequel bien des fous de musique se reconnaîtront. D’ailleurs la bande-son country, ce « rêve acoustique » selon Didier, est le véritable moteur de l’action, donnant au film une dimension supplémentaire, entre nostalgie et grâce…Décidemment, on peut dire que le cinéma belge se porte toujours aussi bien !

Cécile (BDP)